La Belle et la Meute

La Belle et la Meute

_320x_3e81a5ce77dcd319fbf261b4b82f8fde178d361b1c03f308364965113d61b008La Belle et la Meute, quatrième long-métrage de la réalisatrice Kaouther Ben Hania s’inspire d’un « fait divers » de 2012 qui secoua la Tunisie post-révolutionnaire. Après Le Challat de Tunis (satire sociale), le film conserve un lien fort avec la réalité sociale et prend au passage une autre dimension dans ce « monde de l’après Weinstein » où l’Humanité « a  découvert » le sort réservé à la condition féminine depuis les temps bibliques. Avec La Belle et la Meute, Ben Hania s’attaque au viol, à sa négation et à sa banalisation, en s’inspirant de l’ouvrage Coupable d’avoir été violée de Meriem Ben Mohamed (pseudonyme de la victime).

Mariam, à peine sortie de l’enfance, s’apprête à faire la fête avec ses amis dans un grand hôtel de Tunis. Sa copine lui prête une robe le temps de la soirée, le temps d’être belle, le temps d’être une femme loin du carcan patriarcal. Mariam danse, croise le regard de Youssef, échange quelques secrets puis quitte l’hôtel en sa compagnie. Le générique de début se clôt à peine et l’on ressent déjà tout le talent visuel de Ben Hania pour transposer les non-dits de chacun et d’une société qui s’éveille à peine.

Ellipse foudroyante, choc frontal, le cauchemar débute. Mariam court vers nous, haletante, perdue comme une proie blessée et traquée, sale, elle titube apeurée au bruit des moteurs. Derrière, Youssef la poursuit. Mariam a été violée dans une voiture par deux policiers quand le troisième extorque de l’argent à Youssef.  La réalisatrice engloutit le viol, elle l’efface pour mieux exhorter sa violence et troubler le spectateur. Violée, désemparée, Mariam a honte. En fait, Youssef, jeune journaliste militant la soutient, il la pousse à porter plainte pour faire respecter ses droits. La robe revêtue pour la fête se referme comme un piège, trop belle, elle révèle les formes généreuses de Mariam et l’exhibe au yeux de tous, fautive, pécheresse, trop femme. Commence alors une longue nuit d’errance kafkaïenne, d’hôpitaux en commissariats, Mariam se retrouve confrontée à ses bourreaux et toute une société pour qui l’on est coupable d’avoir été violée. Le récit cinématographique est découpé en neuf épisodes filmés en plan-séquences s’imbriquant subtilement comme les pièces d’un thriller. Avec des plans très mobiles, Kaouther Ben Hania suit Mariam partout et prend le temps de filmer les arrière-fonds des hôpitaux et des commissariats. L’absence de montage dans les scènes apporte une vérité nécessaire au risque parfois de fragiliser ses acteurs en les intégrant dans une dimension documentaire.

Plus qu’au viol en tant qu’acte, la réalisatrice s’attache au regard de la société porté sur les victimes, aux carcans et aux procédures administratives. La Belle et la Meute n’oppose pas les femmes aux hommes mais exprime le courage nécessaire aux victimes pour faire seulement respecter leurs droits et se soigner d’un traumatisme qui dure parfois une vie. C’est aussi pour la jeune République tunisienne un acte courageux plein d’espoir qui mêle l’émergence d’une conscience politique à celle d’une liberté pour la femme.

La prise de conscience collective et politique de ces derniers mois est au mieux insuffisante au pire indécente tant sont nombreux ceux qui se taisent.  Si le « soufflé » ne retombe pas,  alors pourra-t-on dire, mieux vaut tard que jamais. Il est d’ailleurs intéressant de relever que La belle et la Meute a été vu dans la sélection Un certain regard et non pas en compétition officielle. « Le roi de la croisette » n’était pas encore tombé… dommage. Olivier Fourrier

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