The Florida Project

Dans The Florida Project, Moonee, 6 ans, vit avec sa très jeune mère Halley au Magic Castle, un motel couleur mauve, aux allures d’un château Mattel et d’un magasin Playmobil avec ses tourelles d’angle crénelées. Ici, ce qui compte c’est d’avoir un toit, pour le reste, chacun vivote d’emplois précaires, de trafics, de commerce illicite, de combines ou de distribution alimentaire de la Croix rouge. Dans ce monde aseptisé, prélude à la magie commerciale de Disney, Moonee, Scooty et Jancey s’amusent : ils crachent sur les voitures, jettent des poissons morts dans la piscine du motel pour les ressusciter, cassent le mobilier des friches résidentielles, font la manche pour se partager une glace et s’embrasser. La mère, Halley demeure une petite fille dans ce monde d’adultes qui la vampirise. Sa marginalité ne tient pas d’un d’engagement social ou politique mais d’un comportement infantile assumé. Elle vit sa vie à travers celle de sa fille. Irrésolue, ancrée dans le présent, elle vit au jour le jour.

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The Florida Project n’est pas un conte de fée mais l’idée décalée du producteur/scénariste Bergoch et du réalisateur Sean Baker (Tangerine, 2015) de jouer autour de la Highway 192. Cette route de Floride de la banlieue d’Orlando qui mène au paradis (Walt Disney World Resort) est bordée de motels à l’architecture pop et acidulée. Délaissés par les touristes, ce sont les précaires autochtones qui les occupent désormais de manière sédentaire. Sean Baker s’intéresse aux laissés pour compte du rêve américain, à cette toute puissante Amérique où le seuil de pauvreté est fixé à 2 dollars par jour (15% des Américains). En se référant à la série de courts-métrages Les Petites Canailles, il adopte résolument le point de vue des enfants issus de familles pauvres. Il ne juge pas, il filme les enfants à la hauteur de leur âge. Grave mais drôle, son cinéma adopte cet angle pop où la réalité est dépeinte sans voyeurisme, subtilement décalée par cette liaison acteurs non-professionnels et reconnus.

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The Florida Project est un film qui rappelle à l’heure du « cinéma du chaos », de Netflix, d’Amazon Prime et de toutes les forces obscures distribuant du pop-corn, pourquoi le cinéma ne se réduit pas à des blockbusters, à du commerce, à du placement de marque, du merchandising rythmé au gré du calendrier ou des stars. Le vrai cinéma, est un art aussi magique que fragile, furtif et comme tout ce qui est essentiel, en voie d’extinction. Si la poésie sait sublimer le sens du non sens, ce cinéma d’auteur parvient à nous plonger dans des histoires où le merveilleux se cache dans le quotidien, où la laideur du monde enchante les terrains de jeu des enfants, où la liberté surgit dans des vies marginales. C’est un film où l’on attend l’action. Le drame ne survient pas, il est linéaire, contenu dans ce quotidien aussi banal que celui de milliards de quotidiens. Il y a là une vraie réflexion cinématographique sur le temps et l’instant présent. Et à force d’attendre, le spectateur prend place dans le décor, renvoyé à sa propre banalité et à cette esthétisation de la réalité. De cette alchimie naît la vérité et une belle émotion visuelle. Olivier Fourrier

 

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